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9.1.08

La formule de Taylor avec reste intégral

Un an déjà...

"Bonjour, je suis Richard Taylor.

Je suis Richard Taylor et je vais disparaitre.
Disparaitre, oui... et sans un bruit. Simplement, comme ça, m'effacer et ne rien laisser derrière moi. Ou du moins pas grand chose.

Oh, ce n'est pas que je le souhaite, ou que je m'en réjouisse, mais , voyez, c'est maintenant inexorable... Aussi vrai que je m'appelle Richard Taylor, je vais bientôt quitter cette existence. Il est déjà inconcevable de faire autrement.

Certains d'entres, vous se demandent peut être pourquoi ou comment on peut en être réduit à de telles extrémités. Si je vous le racontais, vous ne me croiriez pas. Je vais laisser les autres vous expliquer tout ça... Mais une chose est sure, c'est qu'un retour en arrière est impossible. Pour moi comme pour vous. Car vous êtes tout autant Richard Taylor que moi. On a tous plus ou moins choppé le même modèle de costard lors de la grande distribution. Moi je fais un petit Richard Taylor taille 52.

  • A tous les mercenaires de l'aquarium,
  • A toutes les vistimes du tube à devenir
  • A moi aussi, même si le salut semble mal barré
  • Et à mon père, Richard Taylor Senior par excellence..."



La disparition de Richard Taylor

* Arnaud Cathrine
* Editions Verticales.
* 208 p/ 17,50€

15.8.07

Alexanderplatz, c'est classe


Berlin Alexanderplatz

Alfred Döblin


640 pages / 8 euros
Gallimard, Edition de Poche




Aujourd'hui un livre fameux, un fameux livre même, qui vient colorer nos envies berlinoises. L'histoire de Franz le loser fabuleux, ou comment on sait qu'il va perdre contre lui même et contre les autres. Un livre tellement bon, qu'il a été fassbinderisé, ce qui n'est pas rien. Ce qui m'a le plus touché, c'est sans aucun doute les bruits, et les odeurs de bouffe et de foule. Et avec ça, l'humidité et le froid. Un très bon roman que j'aurai du lire plus tot, mais qui est tout compte fait assez intéressant d'avoir lu cet été, en attendant l'Europe Centrale de Vollemann: la montée du nazisme dans une Europe qui s'agite et se perd. On va bien se marrer, même si je pense que là aussi à la fin on risque de perdre contre soi même et les contre les autres.
Allez, je sens que vous voulez de l'extrait mal scanné... Comme je vous comprends.


Liens: Alexanderplatz sur Wikipédia en spountz

Des extraits:







C'est moche et mal scanné, hein... ben oui... mais c'est les vacances encore, alors voilà...

27.7.07

Des initiatives qui vont dans le bon sens

On aime ou on aime pas.
Mais l'idée que le livre mérite un support autre que les phrases lentes et ineptes de Guillaume Durand est à mon sens une lourde évidence. Le service public ne rend plus service qu'à lui même. C'est à l'éditeur de se sortir les doigts de la confiture des tartines du Deux Magots pour le livre, voire même pour l'écriture... On ne valorise pas, on ne vend rien, on aime.

Que le support soit... et bam, il fut... une video dailymotionnée avec de l'amour, des bouts de ficelles et des fraises tagada et on obtient ça, des initiatives tantot cool, tantot zarbi...

pour la sortie d'"Au secours pardon" de Beigbeder







Pour la sortie "Je reviens de mourir" d'Antoine Dole

20.7.07

A cause des garçons


Rêves de garçons
Laura Kasischke



Christian Bourgois
252 pages, 25€




L'auteur:Laura Kasischke a étudié à l'Université du Michigan, elle a gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que le Hopwood Awards; elle a également reçu la Bourse MacDowell. Elle enseigne l'art du roman au collège de Ann Arbor. Elle vit dans le Michigan, état dans lequel se déroule son roman « Suspicious river» (publié aux Etats-Unis en 1996). Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues.
(Merci Christian Bourgois, c'est vague, mais c'est aussi bien, hein...)

Le pitch de l'éditeur: Combien d’histoires terrifiantes racontées autour d’un feu de camp entre deux chamallows grillés ? À la fin des années soixante-dix, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. (ndlr et montrent leur nibards surtout) Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. Plongée au cœur d’un univers adolescent capté et dévoilé avec une justesse sans égale. Une fois de plus, Laura Kasischke s’attache à détourner avec beaucoup de férocité certains clichés de l’Amérique contemporaine et nous laisse, jusqu’à la révélation finale, dans l’imminence de la catastrophe.


Mon humble avis de moi:

Comme le résumé l'a laissé entendre, l'histoire évolue avec pour décor des clichés, très version 80's, liés au sortir de l'adolescence aux US. Un roman avec pour contexte donc "la naissance de la femme, de la majorette un peu écervelée mais tellement attendrissante et pleine d'idéaux ... à la ménagère résignée vouée à la bonne cuisson de ses cookies". En gros. Je ne vous cacherai pas que je me suis senti un peu spectateur de ce roman. L'écriture est bonne, on a quelques scènes pas mal du tout, et le jeu des flashbacks me plait bien, je suis très client, mais de manière générale, je trouve que ça ne prend pas. L'aspect psychologique de l'évolution des personnages, qui est visiblement la marque de fabrique de Kasischke, et que j'avais adoré dans son précédent roman, s'est retrouvée perturbée par un contexte série B, téléfilm d'M6. L'Amérique bulldozer sans complexe, qui enterre ses blessures et ses erreurs dans le silence et les revoit lui péter à la gueule plus tard... Ouais... La leçon est simple, par l'exemple, enrubannée dans le cliché... Mais la chose encore plus dommage je trouve, c'est que les passages érotico-charnels (les adolescentes ont découvert leur corps, et tâtonnent un peu, sans encore vraiment de complexes) sont assez cru et bien ficelés, mais font complètement 'déposés', un peu 'trash pour trash, parce que sinon il se passe pas grand chose'.
Je ne dirais pas que cette lecture soit un échec. Je pense pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises lectures mec... Non, tout simplement parce que l'écriture, le ton, m'ont plu. J'avais aimé "Suspicious River" alors je vais certainement tenter "A moi pour toujours". Je suis comme ça, il en faut plus pour me repousser.

17.7.07

Pour le plaisir et pour l'ailleurs


James Hawes
Pour le meilleur et pour l'Empire
L’Olivier
348p /21€

Un mot sur l'auteur:
Après des études au Hertford College d'Oxford, James Hawes veut devenir dramaturge et comédien. Mais il est vite forcé d'admettre que son talent réside ailleurs et après avoir enseigné l'anglais en Espagne (un peu comme le héros loser du roman) et avoir travaillé comme archéologue, il retourne sur les bancs de l'université et prépare un doctorat sur Nietzsche et Kafka à l'University College London en 1987. Il donne ensuite des conférences en Irlande de 1989 à 1991, puis enseigne l'allemand à l'université de Swansea. Il ne publie son premier roman qu'en 1996, 'A White Merc With Fins', mais ne cesse d'écrire depuis, dans le genre du thriller. Son deuxième roman, 'Rancid Aluminium', suit donc en 1997, et James Hawes tente de l'adapter au cinéma, ce qui est un échec total. Suivent 'Dead Long Enough' en 2000 et 'White Powder, Green Light' en 2002. En 2007, 'Speak for England' est traduit en français sous le titre 'Pour le meilleur et pour l'Empire'.

Le pitch: A quarante ans, Brian Marley constate que sa vie est un fiasco : divorcé, professeur d'anglais sans diplôme, il peine à joindre les deux bouts et n'a aucune ambition. Il rencontre un ancien ami, producteur de télévision, qui lui propose de participer à un jeu de téléréalité dans lequel les concurrents doivent survivre dans la jungle avec pour seul équipement une caméra numérique et quelques rations de pain et d'eau. A la clé : un chèque de deux millions de livres. Alors qu'il est sur le point de remporter le jeu, deux hélicoptères des équipes techniques de l'émission s'écrasent, tuant le dernier concurrent en lice contre Brian. Ce dernier se retrouve à errer dans la jungle, tombe d'une falaise et atterrit au milieu d'une colonie anglaise formée par les rescapés du crash d'un Comet IV en 1958 et leurs descendants. Elle est dirigée par un ancien militaire qui prône le culte de la mère patrie, de l'armée et la haine du communisme, et a pactisé avec une tribu d'aborigènes cannibales assurant sa protection. Tous finiront par repartir pour Londres...

L'avis du lecteur entre le TGV et le barbecue:

C'est un livre sympa tout le temps que le récit se cantonne au choc marrant entre personnages ubuesques au coeur de la jungle. Dès que l'on sort de ce cadre très Indiana Jones chez les Monty Pythons, ça dérape un brin et c'est dommage. Parce que l'acidité et l'ironie étaient déjà là, et je pense pas que c'était la peine de tout barbouiller de burlesque pour aller finalement trop loin... Mais bon, exactement le bouquin vacance quoi... assez fin et drole. Je l'ai déjà passé à quelqu'un qui partait en camping, ce qui est un signe plutot explicite. En terme de vacance, bien sûr, tant qu'en terme de bouquin pas mal.

12.7.07

Nuages et tache de vin...


David Mitchell
Cartographie des nuages
L’Olivier
23€






Il y a des tâches de vin contre lesquelles les dunes de sel en bout de table ne peuvent rien. Pas même le nouveau Cillit Bang de Mémée Rivoal ne pourra lessiver la chose écarlate. Je veux parler de ce que l'on appelle communément la tâche de naissance autant que "la tâche de vin". En terme corrects, cela se dit 'angiome plan' et ce n'est en fait qu'une simple malformation de vaisseaux sanguins (ou lymphatiques) anormalement dilatés, et dont l'origine est encore mal connue. De ce que je viens de lire, un enfant sur dix environ a un angiome. Un peu comme le petit Gorbatchev sur le haut de son front... Une tuile quoi, mais bégnine. Tout dépend surtout de l'endroit où ça s'accroche, ce genre de bestiole.

David Mitchell, le déjà joyeux réalisateur des "Ecrits Fantomes" a choisi de la coller sous l'omoplate de ses personnages de son dernier roman, "La cartographie des Nuages" paru chez l'Olivier cette année. Les personnages ? Ewing, un homme de loi américain quittant la Nouvelle-Zélande à bord d'une goélette, au milieu du XIXe siècle ; un jeune compositeur, Frobisher, qui séduit la femme du musicien génial mais myope comme une taupe dont il est le secrétaire particulier (nous sommes en 1931) ; Luisa Rey, une journaliste d'investigation au célèbre père correspondant de guerre, sur la piste d'un complot nucléaire, dans la Californie des années 1970 ; un androïde condamné à mort par un Etat situé dans le futur, etc... Sans le savoir, tous ces êtres sont liés par une destinée commune tissée par le temps, et dont le dessein n'apparaît que progressivement. Chacune de ces vies est l'écho d'une autre et revient telle une phrase musicale répétée au fil d'innombrables variations. Et l'importance de cette 'tache de vin', vous voulez me demander, hein?

Et bien lisez ça tout seul, ça vous fera du bien.

C'est le bon-livre-pour-vacances-pourraves-volume-1.

Demain, "Pour le Meilleur et pour l'Empire" de Hawes.

3.7.07

Branchez les guitares, Je m'en fiche, Je fais le rock!!

Il y a des bouquins qu'il ne faut pas louper. D'autres qu'on peut largement s'autoriser à zapper -par mégarde bien sur-



Le premier par exemple nous permet de reprendre la trace d'un des groupes les plus successfull du monde, parsemée d'anecdotes et de bonus track lancés par Mr James. Il est depuis moins rock'n roll, plus bon pater familias, avec cette étincelle d'intelligence qui transforme le renoncement en prise de recul et maturité... En plus il écrit bien et a une putain de bonne bouille. un mec qu'a tout compris quoi.
For Alex James (le bassiste de Blur), music had always been a door to a more exciting life: a way to travel, meet new people and, hopefully, pick up girls. La vie sympa quoi. But as bass player of Blur (tu vois, je le savais) - one of the most successful British bands of all time - his journey was more exciting and extreme than he could ever have predicted. Success catapulted him from a slug-infested squat in Camberwell to a world of private jets and world-class restaurants. As 'the second drunkest member of the world's drunkest band' life was always chaotic, but Alex James retained a boundless enthusiasm and curiosity at odds with his hedonistic lifestyle. From nights in the Groucho with Damien Hirst, to dancing to Sister Sledge with Bjork, to being bitten on the nose by the lead singer of Iron Maiden, he offers a fascinating and hilarious insight into the world of celebrity. At its heart, however, BIT OF A BLUR is the picaresque tale (le mot magique est laché) of one man's search to find meaning and happiness in an increasingly surreal world. Rock'n roll quoi... Pleasingly unrepentant but nonetheless a reformed man, Alex James is the perfect chronicler of his generation - witty, observant, frank and brimming with joie de vivre. BIT OF A BLUR is as charming, funny and deliciously disreputable as its author. Et ça veut bien dire ce que ça veut dire...




Voilà une vraie bonne idée de bouquin. En plus il est beau et pas encore trop cher.
On avait forcément déjà parlé du précédent livre, paru chez Allia, le "Rip it up and start again" (je vous colle le lien avec la célébrissime emission de Coquillages, relayée jusque sur la Blogothèque - et ouais!- ). Ici, Mr Simon Reynolds nous compile moultes articles écrits un peu partout, et fait même l'effort de revenir sur tel ou tel texte, avec un peu de recul, histoire de corriger une plantade ou recadrer une critique. Mais dans l'ensemble, je doute qu'il se soit gauffrer beaucoup. Comme dans le précédent volume, il tente d'apporter un contexte social, culturel et historique au développement des groupes et types de musique mis en lumière. Bref, c'est un vrai gros boulot, de terrain, fait avec gout par un bonhomme intelligent. Aucune raison de se priver de ce Bring the Noise...
La traduction arrivera dans 12 ans, alors on fait l'effort et on l'attaque direct. Une bonne mise en jambe pour réhausser son anglais si utile auprès des touristes cet été.

Follow for now, power of the people, say,
Make a miracle, d, pump the lyrical
Black is back, all in, were gonna win
Check it out, yeah yall, here we go again

Turn it up! Bring the noise!


Le Blog de Mr Reynolds

1.6.07

Un K.O. dans les cordes


José Carlos SOMOZA
La Théorie des cordes
Actes Sud
Traduit de l' espagnol par Marianne Millon
430 pages / 23,00 €

Dans cette ère du tout technologique, de l'OGM roi et de la science loi supérieure en tout, le mot de "précaution" est devenu un synonyme poli pour "comportement rétrograde d'un individu timoré nuisant au bon développement de l'espèce humaine". Parce qu'il est comme ça, l'être humain, il n'a pas besoin de souffler les bougies des 20 ans de Tchernobyl pour regarder d'un sourire bienveillant l'Iran s'équiper en joujoux nucléaires. Il est tellement décomplexé, bien dans ses baskets et sur de ses croyances qu'il imagine déjà la victoire de la France face à l'Ukraine en match qualificatif pour l'Euro.
Pauvre fou! Il ne se rend compte de rien!

Votre serviteur étant passionné de bouquins, amateur de lois mécaniques (fussent elles quantiques) et pratiquant assidu de corde à sauter à ses moments perdus, je me devais de lire ce pavé de 500 pages d'Actes Sud... Et vous savez quoi? Ben j'ai rudement bien fait!!!
C'est un thriller haletant, rebondissant de pages en pages, de flash back en flash back... Les personnages sont extrèmement riches, et même plus importants que l'intrigue; Somoza s'attache à chercher les fondements des sentiments, les vérités intérieur. Ainsi il les ouvre en deux et voit ce qu'ils pensent lorsque la terreur s'est enfin dissipée... C'est un vrai bon livre à mi-chemin entre l'anticipation, le thriller techno et l'essai religio-bogdanov...

Mais là, je vous vois déjà pantelant, les yeux ronds et la bave aux lèvres. Hey, doucement coquelicot!! Je te raconte un peu le début, tu vas voir, même si tu suivais rien en cours de physique, tu vas planer à 300 000 pieds. Bienvenue à bord de la Testarossa de Stephen Hawking lancée à 320 km/h en conduite vocale.... ça va saigner!!!

Isolée sur un atoll de l'océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale est en quête du Graal: la première mise en pratique d'une conséquence des hypothèses d'Einstein, à savoir, la théorie des cordes. Elle œuvre à un ambitieux projet fondé sur le manipulation de cette théorie des cordes, qui permettrait en quelques sorte "d'ouvrir le temps".

Si ce groupe hétéroclyte de gentils fous parvient à des résultats incroyables, tous scientifiques dans la Lune qu'ils puissent être, ils perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques.
Lorsque finalement un drame sanglant conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers... (ça fout les choquotes, hein?).

Dix ans plus tard, dans une université de Madrid, Elisa Robledo déplie un journal pour étayer une thèse de physique théorique. Une fraction de seconde lui suffit à comprendre qu'elle est en danger de mort. (voir l'extrait !). Aux côtés d'un confrère, depuis toujours intrigué par la modestie de la séduisante physicienne, Elisa et ses anciens confrères auront-ils le courage de retourner aux origines de la tragédie, sur cet îlot maudit où ils avaient ouvert la boite de Pandore...? Hein? Lis et tu sauras...
Je ne vous dirais pas comment cela finit -même si on peut logiquement penser :"pas top glamour pour les scientifiques trop curieux". Chacun tire les conclusions qu'il souhaite. Pour avoir entendu lors d'une signature, l'auteur expliquer sa vision pessimiste du futur et sa crainte d'une apocalypse avant la fin de la saison régulière de NBA, on peut penser que la dernière phrase du roman est lourde de sens...
Un bon bouquin plein de suspens, spécial vacances et voyage en train, option n'espère-pas-te-coucher-avant-3h-du-mat.
Pour les fans de physique quantique:

Extrait de la Théorie des Cordes


Madrid, 11 mars 2015, 11 h 12.

Exactement six minutes et treize secondes avant que sa vie ne fît une culbute horrible et définitive, Elisa Robledo se livrait à une activité banale : elle donnait à quinze élèves ingénieurs de deuxième année un cours facultatif sur les théories modernes de la physique. Elle ne se doutait absolument pas de ce qui allait lui arriver, car, à la différence de tant d’étudiants et de plus d’un professeur, à qui ces lieux pouvaient sembler redoutables, Elisa se sentait plus en sécurité dans une salle de classe qu’à son propre domicile. Il en allait de même dans le vieux lycée où elle avait préparé le bac et dans la salle nue de la faculté. Elle travaillait maintenant dans les installations modernes et lumineuses de l’Ecole supérieure d’ingénieurs de l’université Alighieri de Madrid, un luxueux centre privé dont les salles de cours bénéficiaient de larges baies vitrées, d’une belle vue sur le campus, d’une acoustique splendide et d’une odeur de bois nobles. Elisa aurait pu vivre là. De façon inconsciente, elle supposait que rien de mauvais ne pouvait lui arriver dans un endroit tel que celui-là.
Elle se trompait lourdement, et il lui restait à peine plus de six minutes avant de le constater.
Elisa était une enseignante brillante entourée d’une certaine auréole. Dans les universités, il existe des professeurs et des élèves sur lesquels on bâtit des légendes, et l’énigmatique figure d’Elisa Robledo avait créé un mystère que tous souhaitaient percer.
D’une certaine façon, la naissance du “mystère Elisa” était inévitable : une femme jeune et solitaire, à la longue chevelure noire ondulée, dotée d’un visage et d’un corps qui n’auraient pas détonné sur la couverture d’un magazine de mode, mais qui possédait en même temps un esprit analytique et une prodigieuse capacité de calcul et d’abstraction, qualités tellement nécessaires dans le monde froid de la physique théorique, où règnent les princes de la science. On regardait les physiciens théoriciens avec respect, voire révérence. D’Einstein à Stephen Hawking, ils étaient l’image acceptée et bénie de la physique pour le grand public. Même si les sujets auxquels ils se consacraient étaient abscons et peu accessibles à la grande majorité, ils faisaient sensation. Les gens les considéraient souvent comme les prototypes du génie froid et farouche.
Il n’y avait toutefois aucune froideur chez Elisa Robledo : elle avait la passion d’enseigner, et cela captivait ses élèves. Pour couronner le tout, c’était un excellent professeur, aimable et solidaire, toujours prête à aider un collègue en difficulté. En apparence, il n’y avait rien d’étrange en elle.
C’était ça le plus étrange.
De l’avis général, Elisa était trop parfaite. Trop intelligente et d’une trop grande valeur, par exemple, pour travailler dans un insignifiant département de physique dont la matière était considérée comme accessoire pour les étudiants d’Alighieri. Ses collègues étaient persuadés qu’elle aurait pu obtenir bien mieux : un siège au Conseil supérieur des recherches scientifiques, une chaire dans une université publique ou un poste important dans un centre prestigieux à l’étranger. A Alighieri, Elisa semblait sous-employée. Par ailleurs, aucune théorie – et les physiciens y sont très enclins – ne parvenait à expliquer de façon satisfaisante le fait qu’à trente-deux ans, presque trente-trois – elle les aurait le mois suivant, en avril –, Elisa fût seule, sans grandes amitiés, en apparence heureuse, comme si elle avait obtenu ce qu’elle désirait le plus dans la vie. On ne lui connaissait pas de fiancés – ni de fiancées – et ses amitiés se limitaient à ses collègues de travail, mais elle ne partageait jamais ses loisirs avec eux. Elle n’était pas prétentieuse, ni même vaniteuse, malgré son pouvoir de séduction, qu’elle renforçait par une curieuse gamme de vêtements de créateurs qui lui conféraient une image assez provocante. Mais, sur elle, ces tenues ne semblaient pas destinées à éveiller l’attention ou à attirer la cohorte d’hommes qui se retournaient sur son passage. Elle ne parlait que de son métier ; polie, elle avait toujours le sourire. Le “mystère Elisa” était insondable.

Elisa s’efforçait de fournir des exemples attrayants aux esprits ternes des enfants de bonne famille qui constituaient son public. Aucun d’eux ne se spécialiserait en physique théorique, et elle le savait. Ce qu’ils voulaient, c’était passer à toute vitesse par-dessus les concepts abstraits pour réussir leurs examens et partir en courant avec sous le bras un diplôme qui leur permettrait d’accéder aux postes privilégiés de l’industrie et de la technologie. Peu leur importaient les pourquoi et les comment qui avaient constitué les énigmes fondamentales de la science depuis que le cerveau humain l’avait inaugurée sur la Terre : ils voulaient des résultats, des conclusions, des difficultés à affronter pour obtenir des points. Elisa tentait de modifier tout cela en leur apprenant à réfléchir aux causes, aux inconnues.
En cet instant, elle essayait de faire visualiser à ses élèves l’extraordinaire phénomène qui veut que la réalité possède plus de trois dimensions, peut-être beaucoup plus que le “longueur-largeur-hauteur” visible à l’œil nu. La théorie de la relativité d’Einstein avait démontré que le temps est une quatrième dimension, et la complexe “théorie des cordes”, dont les dérivés constituaient un défi pour la physique actuelle, affirmait qu’il existait au moins neuf dimensions supplémentaires dans l’espace, chose inconcevable pour l’esprit humain.
[...]Elle commença par un exemple facile et amusant. Elle plaça sur le rétroprojecteur un transparent sur lequel elle avait dessiné une silhouette humaine et un carré.

— Ce monsieur, expliqua-t-elle en désignant la silhouette de l’index, vit dans un monde qui ne comporte que deux dimensions, la longueur et la largeur. Il a travaillé très dur toute sa vie et il a gagné une fortune : un euro… – Elle entendit quelques rires et sut qu’elle était parvenue à capter l’attention de plusieurs de ces quinze paires d’yeux blasés. – Pour que personne ne le lui vole, il décide de le déposer à la banque la plus sûre dans son monde : un carré. Ce carré possède une seule ouverture sur un côté, par laquelle notre ami introduit l’euro, mais personne d’autre que lui ne pourra l’ouvrir à nouveau. D’un geste rapide, Elisa sortit de la poche de son jean une pièce de un euro, qu’elle avait préparée, et la déposa sur le carré du transparent.

— Notre ami est tranquille avec ses économies dans cette banque : personne, absolument personne, ne peut pénétrer nulle part dans le carré… C’est-à-dire, personne de son monde. Mais moi, je peux le voler facilement à travers une troisième dimension, invisible pour les habitants de cet univers plan : la hauteur. – Tout en parlant, Elisa ôta la pièce de monnaie et remplaça le transparent par un autre qui montrait un dessin différent. – Vous pouvez imaginer la réaction de ce pauvre homme quand il ouvre le carré et constate que ses économies ont disparu… Comment a-t-on pu le voler, puisque le carré est resté fermé tout le temps ?

— Quel manque de bol, murmura un jeune homme au premier rang, aux cheveux en brosse et aux montures de lunettes en couleurs, provoquant des rires. Ces rires et le manque apparent de concentration ne dérangeaient pas Elisa : elle savait qu’il s’agissait d’un exemple très simple, dérisoire pour des étudiants de haut niveau, mais c’était précisément ce qu’elle désirait. Elle voulait ouvrir le plus possible la porte d’entrée, parce qu’elle savait qu’ensuite seuls certains d’entre eux atteindraient la sortie. Elle fit taire les rires en parlant sur un autre ton beaucoup plus doux.
— Tout comme ce monsieur ne peut même pas imaginer comment on a volé son argent, nous ne concevons pas non plus l’existence de plus de trois dimensions autour de nous. Maintenant, ajouta-t-elle, accentuant chaque mot, cet exemple montre de quelle manière ces dimensions peuvent nous affecter, voire provoquer des événements que nous n’hésiterions pas à qualifier de “surnaturels”… – Les commentaires étouffèrent ses paroles. Elisa savait ce qui leur arrivait. Ils croient que j’enjolive le cours par des touches de science-fiction. Ce sont des étudiants de physique, ils savent que je parle de la réalité, mais ils ne peuvent pas le croire. Dans la forêt de bras levés, elle en choisit un. – Oui, Yolanda ? Celle qui levait la main était l’un des rares éléments féminins de cette classe où le genre masculin dominait, une fille aux longs cheveux blonds et aux grands yeux. Elisa lui fut reconnaissante d’être la première à intervenir sérieusement.
— Mais cet exemple comporte une astuce, dit Yolanda, la pièce est tridimensionnelle, elle possède une certaine hauteur, même si elle est très faible. Si elle avait été dessinée sur le papier, comme elle aurait dû l’être, tu n’aurais pas pu la voler.
Une vague de murmures s’éleva. Elisa, qui avait déjà préparé une réponse, feignit une certaine surprise pour ne pas décevoir l’indubitable perspicacité de l’étudiante.
— Bonne observation, Yolanda. Et tout à fait exacte. La science se fait avec ce genre d’observations : simples en apparence, mais très subtiles. Cependant, si la pièce avait été dessinée sur le papier, de même que l’homme et le carré… j’aurais pu l’effacer. – Les rires l’empêchèrent de poursuivre pendant quelques secondes, cinq exactement.
Sans qu’elle le sût, il ne restait que douze secondes avant que sa vie tout entière volât en éclats.
La grosse pendule murale placée face au tableau marquait la course implacable du temps. Elisa l’observa avec indifférence, sans se douter que la grande aiguille qui balayait le cercle horaire avait commencé le compte à rebours pour détruire à jamais son présent et son futur.
A jamais. Irrévocablement.
— Ce que je veux, poursuivit-elle, modérant les rires d’un geste, étrangère à tout ce qui n’aurait pas été l’harmonie qu’elle avait établie avec ses élèves, c’est vous faire comprendre que les différentes dimensions peuvent être liées les unes aux autres, peu importe comment. Je vais vous donner un autre exemple.
En préparant son cours, elle avait tout d’abord songé à tracer un dessin au tableau. Mais elle aperçut le journal plié sur la table installée sur l’estrade. Quand elle travaillait, elle l’achetait au kiosque situé à l’entrée de la faculté et le lisait après avoir fini, à la cafétéria. Elle pensa que les élèves comprendraient peut-être mieux le nouvel exemple, relativement plus difficile, si elle utilisait un objet. Elle ouvrit le journal à la page centrale, au hasard, et le lissa.
— Imaginez que cette feuille est un plan dans l’espace…
Elle baissa la tête pour séparer la feuille des autres sans abîmer le journal.
Et elle le vit.
L’horreur est très rapide. Nous sommes capables d’être effrayés avant même d’en avoir conscience. Nous ignorons encore pourquoi, et déjà nos mains tremblent, notre visage pâlit ou notre estomac rétrécit comme un ballon dégonflé. Le regard d’Elisa s’était posé sur l’un des gros titres dans l’angle supérieur droit de la feuille et, avant même de vraiment comprendre ce que cela signifiait, une brutale décharge d’adrénaline la paralysa. Elle lut l’essentiel de l’article en quelques secondes. Mais ce furent des secondes éternelles pendant lesquelles elle eut tout juste conscience que ses élèves s’étaient tus en attendant la suite, et ils commençaient à s’apercevoir qu’une chose étrange se produisait : il y avait des coups de coude, des raclements de gorge, des têtes qui se retournaient pour interroger leurs camarades…
Une nouvelle Elisa leva les yeux et affronta l’attente silencieuse qu’elle avait provoquée.
— Euh… Imaginons que je plie le plan par là, poursuivit-elle sans trembler, de la voix atone d’un pilote automatique.
Elle ne sut pas comment, mais elle poursuivit ses explications. Elle écrivit des équations au tableau, les développa sans erreur, posa des questions et prit d’autres exemples. Ce fut une prouesse intime et surhumaine que personne ne sembla déceler. Ou si ? Elle se demandait si l’attentive Yolanda, qui la scrutait au premier rang, avait capté un reste de la panique qui la saisissait d’effroi.
— Nous allons nous arrêter là, dit-elle, cinq minutes avant la fin du cours. Et elle ajouta, frissonnant devant l’ironie de ses paroles : Je vous préviens qu’à partir d’aujourd’hui tout sera beaucoup plus compliqué.

Certaines peurs sont comme des morts sans profil, des ébauches de morts qui nous dépouillent momentanément de la voix, du regard, des fonctions vitales, pendant lesquelles nous ne respirons pas, nous ne pouvons pas penser, notre cœur ne bat pas. Elisa connut l’un de ces terribles moments. Elle comprit soudain ce qu’elle devait faire. Elle referma le journal, le mit dans son sac, et finit son cours.
Avant toute chose, elle devait rester en vie.
José Carlos SOMOZA

9.4.07

White Folks, arnaqueur blanc et "fils de passes"


Après le très troublant et autobiographique Pimp, que j'avais beaucoup aimé, la collection Soul Fiction des Editions de l’Olivier avait publié un deuxième roman d’Iceberg Slim, Trick Baby, que je n'avais toujours pas lu. (Merci Tibo de me le filer...)
Plutot que de vous en faire un résumé moyen, comme j'ai trouvé quelqu'un qui en parle très bien voici les mots d'un autre, Olivier Cathus
La traduction de Pimp était l’occasion de découvrir en français un livre-culte, rien moins que le livre de chevet de nombreux rappeurs américains s’indentifiant au personnage du mac, véritable héros urbain au sein de la communauté noire, symbole du type qui avait compris combien un cul noir pouvait faire cracher leur argent aux michetons blancs.
C’est alors qu’il était en prison, en train d’envisager sa reconversion dans un autre bizness que le proxénétisme, qu’Iceberg Slim rencontra White Folks (pour les amis), alias Trick Baby (pour les autres). Un grand gaillard, sosie d’Errol Flynn. Pourtant il ne faut pas se fier aux apparences, malgré sa peau blanche et ses yeux bleus, White Folks était noir, noir en dedans.
Iceberg Slim le connaissait de réputation, en équipe avec Blue Howard, White Folks ("arnaqueur blanc") était un des plus fameux arnaqueurs noirs de Chicago. Durant leurs quelques jours de cellule en commun, White Folks raconta son histoire à Iceberg Slim qui nous la livre à son tour.
Comme dans Pimp, l’écriture d’Iceberg Slim ne s’embarasse pas de fioritures, c’est l’expérience de la rue mise en mots de la façon la plus brute et directe qui soit. Comme dans Pimp pour le métier de proxénète,à travers un destin particulier situé avec précision dans son contexte socio-historique, nous avons ici le récit d’un apprentissage du métier d’arnaqueur. Vécu de l’intérieur, on découvre les techniques de la combine, ses différents tours… Mais, au-delà de cet aspect qui pourrait passer pour simple folklore, les romans d’Iceberg Slim prennent toute leur intensité par le rendu du contexte, le Chicago et ses cloisonnements raciaux.
Johnny O’Brien est né dans les années 20 d’une mère noire et d’un père blanc. Ce dernier disparut très rapidement du foyer. Ainsi grandit le petit Johnny, seul avec une mère dévorée par l’alcoolisme et s’effeuillant dans un club minable. Un enfant quelque peu livré à lui-même et que les gamins de son entourage, ne pouvant imaginer d’autres types d’union mixte, appelaient Trick Baby, "fils de passe"… La vie était ainsi faite que pour le jeune garçon il était difficile de trouver sa place dans la société américaine ainsi partagée.
Pourtant sa peau blanche devint un avantage dès qu’il se mit en équipe avec Blue Howard qui l’adopta, presque comme un père adoptif, lui appris tous les trucs du métier et lui donna son surnom de White Folks, un oxymore en quelque sorte car un type se faisant appeler "arnaqueur blanc" ne pouvait être que noir. Ensemble, ils allaient pouvoir gruger aussi bien les pigeons noirs que blancs, le bon plan.
Ensemble, ils vivaient bien, dans une certaine opulence mais rien ne va jamais de soi, rien n’est jamais acquis. La vie a ses hauts et ses bas, ses grandeurs et ses décadences. On se retrouve toujours confronté à divers dangers : ne pas empiéter sur les plates-bandes de la Maffia, se méfier des trahisons, des femmes, de l’alcool et des drogues…
Autant dire de suite, que nos deux compère se virent confrontés à un redoutable panaché de ces trois menaces. Pour White Folks, l’amour prit les traits d’une riche et belle femme blanche qu’il appelait la Déesse. Leur union était impossible, elle raciste déclarée, lui poussé à lui révéler le secret de sa négritude. Et "cette garce de Déesse et sa chatte internationale ineffablement brûlante"(p.306) manquèrent de le conduire au fond du trou, au fond de la bouteille, intoxiqué par l’alcool du dépit. La blessure ne se referma jamais complètement mais il compris ensuite qu’ il était plus malin de louer la carosserie d’une gonzesse que de jouer les jolis cœurs"(p.311). Véritables récits de vie, les romans d’Iceberg Slim combinent l’éducation sentimentale du personnage à ses interrogations sur un possible déterminisme social dont il serait autant l’acteur que la victime (une victime qui, en tout cas, ne s’appitoierait surtout pas sur son sort).
Côté sentimental, si l’on constate à quel point l’amour tarifé fait partie intégrante du quotidien, on s’amusera par contre des découvertes de White Folks quand il comprit, en voyant un couple de lesbiennes faire l’amour, l’importance du cunnilingus dans le plaisir féminin : "voilà pourquoi ces lesbiennes n’ont pas besoin d’un zob pour envoyer une fille en l’air. Ces tordues ont une technique diabolique"(p.146). Il se précipitera pour la mettre en pratique avec succès sur la première femme venue, Jackie, une femme mariée qu’il convint moyennant finance de passer au lit avec lui. Résultat concluant : "Je me faisais du souci pour le mari de Jackie : au lit il allait passer pour un nul ! La technique lesbienne avait éveillé la cochonne qui sommeillait en Jackie"(p.149)…
Mais si l’intrigue se retrousse sur ces passages distrayants, le déchirement du personnage semble aussi insoluble que la question raciale aux Etats-Unis. Qu’il reste avec des Noirs et on l’appelera toujours Trick Baby, qu’il aille arnaquer des Blancs, il devra garder pour lui son secret sous peine d’être rejeté tout de go…! Dans Trick Baby, Iceberg Slim nous livre une nouvelle fois un témoignage bouleversant et sans concessions. Iceberg Slim ne juge pas ses personnages, il essaie de nous faire comprendre leur destin souvent tragique. "Je comprends pourquoi le peuple noir doit pour s’en sortir, voler, mais je n’arrive toujours pas à croire que le crime est une solution viable. L’énergie et le talent exigés pour devenir un délinquant de réelle envergure pourraient être utilisés de manière bien plus positive. Si un maquereau parvient à contrôler neuf femmes, il peut tout aussi bien faire autre chose".
Olivier Cathus


Des liens:
Iceberg Slim sur Wikipédia
les livres d'Iceberg Slim

8.4.07

Opéra des Dieux- Emission #14 - VF

Emission #14 - VF de l'Opéra des Dieux
Pour télécharger l'émission, clic droit sur le hamster suicidaire

J'aime pas la Chanson Française

de LUZ (Hoëbeke)



----------------- Anti-BO du livre -----------------

Jezebel d'Edith Piaf
Sur une Nappe de Restaurant de Jacques Dutronc
Tu fais partie du Passé de Zouzou
Connais-tu l'Animal qui inventa le Calcul Intégral d'Evariste
Contact de Brigitte Bardot
Psychose de Messieurs Richard de Bordeaux & Daniel Beretta
Comme à la Radio de Brigitte Fontaine
Le Papyvore des Papyvores
La Mélodie de Christophe
Une Espèce de Lolita... toute verte d'Alain Kan
Bijou Bijou d'Alain Bashung
Pretty Day de Marie Möör
Synchro de Charles De Goal
Je t'écris d'un Pays des Visiteurs du Soir
Le Courage des Oiseaux de Dominique A
Gris Métal de Bertrand Burgalat
Au Matin d'Etienne Charry
Les Plages de Berk de La Position du Tireur Couché
Amoureux Solitaires par Jenny Goes Dirty
Les Matins de Paris de Teki Latex & Lio

3.4.07

Western et Temps de parole



Le débat aura lieu sur Internet ou ne sera pas. Le règlement de compte se fera en zone de non droit. Les porte flingues enchaînent les bains de bouche au Dextril. Ca pique plus que les lèvres en sang badigeonnées à la sauce samouraï d'un kebab mal controlé. Bref, ça va être violent et les mots vont voler aussi bas que le niveau de cette campagne. Pour se mettre dans le mood ‘monde moche- vulgarité- bassesses’, il n'est pas idiot de se fourrer la tête dans un bon western au fond duquel on ne pourra plus décoller les spaghettis.
Cette semaine, on lit Cormac McCarty. Et on aime ça.




Comme la majorité des livres de McCarthy, le pitch est propre et simple : dépouillé au point de foutre la trouille. Un roman résumable en 2 lignes implique obstination, endurance, et esthétique. Cette fois ci encore, on débarque en plein pulp-western.

Voici le début prometteur :
" Il abaisse les jumelles et examine le terrain tout autour. Puis il les relève. On dirait qu'il y a des hommes allongés par terre. Il enfonce ses bottes dans la rocaille et règle les jumelles. Les véhicules sont des camionnettes à quatre roues motrices ou des Bronco avec de gros pneus tout-terrain et des treuils et des rampes de projecteurs sur le toit. Les hommes ont l'air d'être morts. Il abaisse les jumelles. Puis il les relève. Puis il les abaisse et reste assis là où il est. Rien ne bouge. Il reste ainsi un bon moment. " Moss se rapproche, et ne rencontre que des morts et un agonisant demandant de l’eau. Ayant aperçu des traces de sang dans l'argile, il remonte la piste jusqu'à un nouveau macchabée. Il y a une lourde serviette contre le genou de l'homme mort. Quand il se décide enfin à la ramasser, Moss découvre qu'elle est pleine à ras bord de coupures de cent dollars, rangées par paquets entourés de rubans à billets, chaque paquet étant marqué d'un tampon indiquant un montant de dix mille dollars. " Sa vie tout entière est là devant lui. Jour après jour du matin au soir jusqu'à sa mort. Toute sa vie réduite à vingt kilos de papier dans une sacoche. "

Ce que l’extrait ne vous révèle pas, c'est qu’après s’être barré à toute vitesse avec le pognon Moss va revenir sur les lieux sachant, bien sûr, que c’est la pire des conneries… juste pour apporter de l’eau au mourant… Bien sur, il sera attendu. De la réplique qui cogne, encore. Des virages terribles et des scènes bien lourdes… Un champion du livre pop corn ce McCarthy

Mais c’est loin d’être son coup d’essai. Une trilogie terrible avait déjà bien fait du bruit…'De si jolis chevaux', 'Le Grand Passage', et 'Des villes dans la plaine'. Les histoires d'un changement de temps, entre l'Amérique des John Wayne rhumatisants et celle des Raisins de la colère teintés prohibition.



"1949. Parce que les choix de l'Amérique moderne condamnent leurs rêves d'aventure, John Grady Cole et Lacey Rawlins quittent le Texas et chevauchent vers le Mexique. Ils iront vivre ailleurs, au royaume des chevaux, pour célébrer avec une nature intacte des noces éternelles." Dit comme ça, on sent un « Brokeback Mountain » nous tomber dessus… et on a tort forcément, car tout est beaucoup plus violent… quand on déboule dans le Mexique de McCarthy.


'Des villes dans les plaines' (le seul que j'ai lu des trois en fait ;-)) clôt la Trilogie des confins commencée avec De si jolis chevaux et Le Grand passage. Cormac McCarthy remet en scène les deux jeunes cowboys, Billy Parham et John Grady, l'as du rodéo avec winchesters, lassos, chevaux, grands espaces et sierras du Nouveau Mexique. Une amitié fraternelle unit les deux hommes, que neuf ans séparent. Le roman commence en 1952, alors que les deux héros travaillent comme vaqueros dans un ranch de la région. L'exploitation est cernée au nord par Alamogordo et ses terrains militaires qui menacent toujours de s'étendre, et au sud par les montagnes du Mexique. Inéluctablement, le monde des cowboys est grignoté par les transformations de la société. Billy et John, poursuivant les troupeaux égarés, sentent cette disparition graduelle et les changements à venir. Ils rêvent d'un ailleurs, le Mexique. Ils traînent dans les bars et les bordels. Puis John Grady s'éprend d'une jeune prostituée mexicaine et épileptique, Magdalena. (La scène de la rencontre ferait rêver n'importe quel cinéphile). Il décide de la kidnapper et déclenche alors la tragédie.

Je vous parle rapidos du Méridien de sang qui lui est pas mal du tout, même bien plus judicieux à lire en ce moment, si on en regarde l'actualité du droit d'ingérence en Irak et tout le reste... Bref, on ne s'épenche pas politique, mais l'idée c'est qu'on veut le bien de tout le monde et qu'on flingue à tour de bras au nom de la morale... Ce roman se passe juste après la guerre entre le Mexique et les Etats-Unis entre les déserts du Texas et les rives du Pacifique. Le héros est un garçon de quatorze ans, qu'on appelle le Gamin. Il a des trous dans les bottes et les pieds qui puent et ça c’est important pour le coté western. Il a laissé sa famille dans le Tennessee pour rejoindre une bande d'irréguliers qui traquent les Indiens pour le compte du gouverneur de l'état mexicain du Chihuahua, comme la chanson de l’été. Cette bande de soldats pillent, brûlent et tuent. Et c'est assez costaud niveau scènes de viande. Mais quand ils arrivent dans le Colorado, ils se font massacrer par les survivants des Indiens yumas. En gros, tout le monde tue tout le monde, et les règlements de comptes s’enchaînent sans que les protagonistes ne choisissent vraiment d’y prendre part. Le gamin et le chef s’en veulent méchamment. Leur interminable poursuite débute au milieu des dunes de la Vallée de la Mort et se terminera vingt ans plus tard de manière grotesque et tragique dans le bordel d'une petite ville du Texas.
Une de mes phrases préférées, proférée par un vieil ivrogne:
"Y a quatre choses qui peuvent détruire le monde, dit-il: les femmes, le whisky, l'argent et les nègres..."

Revenons au duel de mots de nos cow-boys présidents à nous. Je repense au flow de Ségolène et je rigole. Car pour d'autres, les mots sont des balles qui se collent entre les deux oreilles des non croyants. Délit de grande vitesse pour Cyanure. Il sera flashé près de Lyon à 210 mots minutes. Bernard Pivot s'est fait virer de sa dictée pour moins que ça.

27.3.07

Leonard Cohen porte le beret avec classe

et moi pas du tout...

Je parle peu souvent de livres qui ne m'ont pas plu. Je parle également peu souvent de livre qui m'ont énormément plu, tout simplement parce que je ne saurai comment transmettre au mieux mon enthousiasme... En fait, je ne vous parle que des bouquins sympa, bien, mais pas révolutionnaires. Et bien sur, c'est une betise. Comme l'intégralité de ce truc. Passons...

Alors commençons par le début: acte 1, la dénonciation sauvage. On trouve beaucoup beaucoup de livre sur la musique, et même de plus en plus (un filon pour porteurs d'Ipod sans doute). Et tout n'est pas bon. La preuve, ce que vient de sortir le Castor Astral, c'est tout sauf intéressant.
- bam -

De la redite, du pompage de vrai journalisme et des envolées étranges sur des sujets dont on se contre fout. Cette bio a tous les désavantages qu'on peut craindre pour ce type d'ouvrage. Elle sent le tabac froid et moi j'aime pas ça.

Un mec qui écrit ce genre de trucs mérite une bio à sa taille:
Ce matin je me suis encore éveillé
Je remercie le Seigneur pour cela
Le monde est une telle porcherie
Que j'ai du mettre un chapeau


Donc on résume
ça c'est bon et tu peux le lire en te léchant les doigts:













là t'apprendras rien et le pire, tu comprendras pas tout...











Leonard, je te laisse le mot de la fin...

Oh the sisters of mercy, they are not departed or gone.They were waiting for me when I thought that I just can't go on.And they brought me their comfort and later they brought me this song.O h I hope you run into them, you who've been travelling so long

19.2.07

WWII d'hier, WII d'aujourd'hui

On est mercredi, jour des sorties. Et avant d'aller me jetter sur Jewboy, dans quelques jours (faîtes comme moi, foncez-y vite! je suis sur que ça tue!), j'aimerai vous dire à quel point j'ai peur de me taper une croute sans saveur avec le dernier Eastwood, Les lettres D'Iwo Jima. Et pourtant, et ... pourtant.
Car si le précédent opus "Au nom de nos pères" réussissait à poser des questions pleines de sens sur les notions d'identité autant que de patriotisme, on pouvait logiquement s'attendre à ce que dans ce fim mirroir, on aille secouer un peu les fantomes planqués dans les placards des samouraïs. Vous me direz que c'est moins essentiel ou important, de proposer des pistes de débat depuis les thèmes de la seconde guerre sous un angle japonais, que la situation du pays et sa représentation internationnale ne nécessite pas plus que cela qu'on s'y arrête et que la question d'un vaincu est logiquement torchée bien plus vite que celle d'un vainqueur... Et vous avez tort. Mais ce n'est pas grave, je vous aime quand même. Pourquoi? Parce qu'un des fondement de la société nippone fut la soumission à l'autorité, collée à la notion de culpabilité qui lui est associée, lourde de morale traditionnelle et autres yakuzas à petits doigts raccourcis. Et qu'aujourd'hui, tout ça a pris une sévère gueule de bois. Que depuis l'après guerre, l'identité proper ou disons simplement l'idée fourmillesque de la personne japonnaise noyée dans la foule, a subi un sacré lifting, justement parce que le modèle des parents soumis s'est crashé. Bref, y a pas mal de chose à dire sur tout ça, les conséquences de la chute, l'émancipation, l'ouverture vers les autres pays... le Japon a sacrément muté après 45 et continue de s'embourber dans des problèmes loin d'être résolus.
Et j'ai bien peur de ma manger un film américain, tendre et bien foutu... où les personnages auraient juste les yeux un peu plus en amande qu'à la normale... saupoudrée d'une pincette d'honneur et de fierté kamikaze, de cérémonie du thé et autre cliché.. et point barre.
Bref, on verra bien.



Lettres d'Iwo Jima
envoyé par thebones666

Mais pour ce qui est de l'après, justement, des cendres, de la culpabilité, de la bétise de la guerre, du tri des morts et des gentils et de la relance de la machine, il y a peut être plus simple ou plus direct. Un bon bouquin.




La Guerre des jours lointains
d'Akira Yoshimura
Actes Sud

21 euros/288 pages
Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle

Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans une île au sud du Japon, le lieutenant Takuya, affecté au bureau d'information des forces armées, est chargé de surveiller sur les écrans radars l'avancée des bombardiers américains. Le jour de la défaite japonaise, le 15 août 1945, on lui ordonne d'abattre au plus vite tous les prisonniers américains. Quelques semaines plus tard, il apprend par un ami qu'il figure sur la liste des condamnés à mort pour crime de guerre. Une longue fuite commence, une errance infinie à travers un pays dévasté, affamé et appauvri où Takuya tente de se fondre dans l'anonymat de la population vaincue.

Un très bon livre, où justement, les japonais sont vus par l'oeil japonais. Où la hierarchie de papa en prend un coup dans les gencives. Les décors sont magnifiques, on suit notre héros pendant sa fuite de la ville à la campagne, dans les iles... Les personnages bien que forts sont écrasés par la misère, la honte et l'incompréhension. C'est étonnant et très riche. Pour les amateurs de manga, sachez que je n'ai pu que faire des parallèles évidents avec "Le tombeau des lucioles" ... vous trouverez même une histoire de vers luisants autour de la 200ème page. Plus loin, c'est un chateau en flamme qui vous évoquera les scènes d'incendie de "Princesse Mononoké".

Bref, un excellent roman pour qui veut bien chausser les tongues d'un japonais dans les années 50. Je vous colle un bout de l'animé, parce que j'aime ça et un lien sur une critique du roman assez fine.




Hotaru no haka / Le tombeau des lucioles
envoyé par HinaNeji


chronique d'Arts Livres

28.1.07

Le réflexe de Pavlov

A partir de 1889, un physiologiste Russe, Pavlov, tenta, de montrer le caractère reflexe d'actions sous impulsion de stimuli volontaires. En gros, il accomodait son chien au son de la clochette précédent le repas, pour arriver, par conditionnement, à le faire saliver au simple son de cette clochette, sans qu'aucune nourriture ne soit présenter. Une façon étonnante de créer un comportement par apprentissage et habitude lorsque le cerveau fait les liens entre le stimulus et l’action qui suit. Un pied de nez aux premiers psychologues partagés entre l'inné et l'acquis. Une histoire marrante, de recherches énormes qui ne furent traduites en anglais que très tard, et mal, ce qui ne rendit pas grâce au boulot du bonhomme. (Plus d'info sur Ivan Petrovitch Pavlov sur Wiki ). Bref, je trouve l'idée étonnante, de transformer en reflexe, donc sans passage par la raison, l'éxécution d'actions, pour peu qu'on vous muselle, qu'on vous écrase par l'habitude, en un mot, qu'on vous conditionne.
Presque un siècle plus tard, une Russie cocotte minute, devait faire fasse à une catastrophe sans précédent, avec l'explosion d'un réacteur nucléaire de la centrale de Tchernobyl en Ukraine. Moment tragique et bilan humain désastreux, mais les autorités d'alors ont tenté, par conditionnement, entre autre, de mettre une chappe de plomb sur tout ce qui c'est produit là-bas. On a essayer d'étouffer la gravité de l'accident, puis d'étouffer les souffrances des victimes autant que d'étouffer le souvenir.
Cyrille Putman sort aujourd'hui un roman flash, dont le personnage central, un Pavlov lui aussi, subit la fatalité toute russe du destin des victimes de Tchernobyl, dans la souffrance, la rage et l'acceptation volontaire de l'horrible épreuve, munis simplement d'un appareil reflexe. C'est le recit de la naissance d'un artiste mondial de la photo sur les cendres radioactives d'une catastrophe.

Bilan provisoire
de Cyrille Putman

Calmann-Lévy
17 €/320 pages


Pavlov grandit dans le spectre de la catastrophe de Tchernobyl où son père, surveillant à la centrale, a péri, comme les centaines de liquidateurs annonymes. Anastasia, sa mère, élève ses trois enfants avec une exceptionnelle bravoure. L'un est comme son père, un irrécupérable joueur de cartes, le second, mollasson plus que bon à rien, rêve de retour en Ukraine pour y conduire des tracteurs. Le dernier, Pavlov, révèle un troublant talent artistique. Pour la peinture, d'abord, puis pour la photo. Il rencontre Irina… leur amour catalyse son talent et transforme le jeune prodige en star mondiale de la photographie : Londres, New York, Paris ; partout on s'arrache ses oeuvres. D'abord sa série sur les poussières, puis celle sur les étoiles avant le succès "des foules". C'est alors l'heure de l'argent, des limousines, des hôtels de luxe, et des rencontres insolites. En un mot, l'itinéraire d'une étoile dans la société étrange des marchands d'art. Mais la chance tourne, elle que tous croyaient enfin là, laisse apparaitre le drame présent en filigranne depuis le début : les proches disparaissent rongés par la leucémie, ou abattus par la mafia et, par un inexplicable retournement de situation, la cote de l'artiste s'effondre. Ses visions chaotiques le reprennent. La chute s'arrêtera-t-elle ? L'amour de sa femme Irina et de sa mère Anastasia le sauvera-t-il du désastre ?

Bilan provisoire réunit toutes les qualités qui ont fait le succès du premier roman de Cyrille Putman, Premières pressions à froid : un humour décapant, une sensibilité et une gouaille sans égales au service d'un texte juste: l'observation de son univers familial et professionnel, au service de personnages farfelus et brillants. Un récit fort et très vivant, dont on sent toutefois la baisse de régime aux deux tiers du livre. Sans doute sait on alors que tout devra mal finir et qu'ainsi, on s'enchante moins, attendant la chute que l'on devine inévitable.
Un très bon roman, très riche et documenté, sur l'art contemporain, ses modes et models.
Je vous en colle un extrait, au tout début, vous allez voir, ça cogne...

Extrait:
Ils prirent connaissance de leurs premières victimes, un traitement à base de lait boosterait l'affaire, pensaient-ils. Les médecins mentaient ouvertement en disant que les victimes avaient été empoisonnées aux gaz. Les radiations n'étaient pas inscrites à l'ordre du jour. Elles mourraient toutes en quatorze jours, avec ou sans greffe de moelle osseuse. On ne saurait pas combien. Une grande et belle femme, pommettes saillantes, assez James Bond girl, vint au chevet de Vitalyï. Devant son état calamiteux, elle ordonna son transfert immédiat. Il fut enfin installé dans une chambre pressurisée. Un cube blanc derrière un plastique transparent. Le tout fermé par des bandes Velcro. Tout un programme. On pouvait lui dispenser des soins de l'extérieur, sans pénétrer dans la pièce. Son corps, rouge-brun, était couvert d'ampoules. Il perdait ses cheveux par poignées. Il se vidait de l'intérieur. Personne au monde n'avait jamais vu un être humain dans cet état-là. Sauf peut-être à Hiroshima. Il crachouillait de petits morceaux de poumons et de foie, en s'étouffant. L'infirmière n'osait le regarder, encore moins le toucher.

Une critique du roman sur le site de TV5
L'extrait et le Podcast ont été piqués sur le toujours riche site du Passage du Livre
Le podcasting des écrivains
Cyrille Putman - 04/01/2007
Télécharger le MP3


Des photographes ukrainiens, je ne connais que Kostine, photoreporter plus que photographe d'art: l'homme qui a témoigné de l'accident avec ses clichés mondialement célèbres.

Tchernobyl, Confessions d’un reporter
d'Igor Kostine et Thomas Johnson

Les Arènes
34.8€/240 pages

Surnommé 'l'Homme légendaire ' par le Washington Post, Igor Kostine est un témoin capital de la catastrophe de Tchernobyl. Le 26 avril 1986, quelques heures seulement après l'explosion, il survole la centrale. La radioactivité est si forte que toutes ses pellicules deviennent noires. Une seule photo pourra être sauvée: elle fera le tour du monde. Surpris par l'ampleur de la catastrophe et par le silence des autorités, Igor Kostine décide de rester sur place et de vivre au milieu des 800000 'liquidateurs' qui se succéderont sur le site de l'accident. Lui-même irradié, il n'aura de cesse, vingt années durant, de photographier la centrale et la zone interdite qui l'entoure. Son histoire se confond avec celle de Tchernobyl. Il a vu l'évacuation des villages, le désespoir et le courage des populations, la construction du sarcophage, les hommes déplaçant à mains nues des blocs radioactifs, les cimetières de machines, les jardins et les vergers contaminés redevenus des terres sauvages où l'homme n'a plus sa place... Pour la première fois, il raconte, en mots et en images. "Tous les films que je développais étaient noirs. Alors, j'ai emmailloté mes Nikon dans des plaquettes de plomb et découpé mes pellicules en bandelettes de vingt centimètres en variant le temps d'exposition. Aujourd'hui, quatre de mes appareils sont enterrés dans le cimetière des déchets radioactifs."


Les photographies d'Igor Kostine ont été publiées par les plus grands journaux et honorées par de nombreux prix dont deux 'World Press Photo'. Elles sont enfin réunies dans un ouvrage, et augmentées d'une centaine de clichés inédits. Traduit en dix langues, ce livre est l'un des témoignages les plus complets sur la catastrophe et ses conséquences. Un des plus durs aussi, car le recit s'étale jusque longtemps après la catastrophe, ses conséquences sur la population, entre autres.

le site d'Igor Kostine (âmes sensibles, certaines photos d'enfants difformes sont dures...)


C'est justement de ces enfants difformes, condamnnés autant qu'abandonnés, qu'il est question dans le roman de Mindszenti. Mais, d'une façon étonnante, c'est d'eux que vient la guérisson pour la narratrice-auteur.

Les Inattendus
d'Eva Kristina Mindszenti

Stock
11€/91 pages

Illustratrice et auteure pour la jeunesse, Eva Kristina Mindzenti est née en France liens: en 1974 d'un père hongrois et d'une mère norvégienne, tous deux artistes peintres. Encre de chiniste et photographe, elle vit et dessine à Toulouse.
Trois ans après le chute de l'Union Soviétique, le village de Hofehér, près de la frontière Slovaque, n'offre pas d'autre horizon à la jeune Klara que le verger de son jardin et l'hôpital...où elle se résout à travailler. Gràce à l'amour que lui portent les enfants malades et malformés à cause de Tchernobyl, la jeune femme se sent exister.
C'est le roman d'une femme, Eva Kristina Mindszenti, qui nous écrit d'un village de Hongrie, tout près de la frontière slovaque. Seule, ayant pour tout horizon le verger de ses parents, elle se résout à travailler à l'hôpital où demeurent les enfants handicapés, estropiés, mutilés par les suites de Tchernobyl. Elle les aime très vite, ces enfants qui n'auront pas le temps d'être malheureux, qui meurent à dix ans, ces enfants qui pleurent, parfois, parce qu'on ne leur rend plus visite. Elle les aime, car elle sait que ce sont eux qui vont la soigner et la soulager.

Entretien sur Inter dans la Librairie Francophone. Un témoignage assez touchant, qui replace ce très court roman dans son juste contexte de catharsis pour Mindszenti. D'une poésie rare.

27.1.07

Attendu que je garde les yeux ouverts devant la dinguerie du monde...

Ce livre n'est pas à proprement parler d'actualité - même si récemment on a beaucoup parlé des RG et de leur sens du dévouement, wahah!-, ... car il est sorti en 2003. Mais voilà, je suis tombé dessus à la bibliothèque -en cherchant Thomas Pynchon dans la collection Fiction et Cie au Seuil - et comme j'avais déjà beaucoup aimé un précédent roman de Lydie Salvayre, qui s'intitulait, "la Compagnnie des Spectres", j'ai tenté la chose. Bref, une histoire pas bête, un ton juste et un excercice de style original: le rapport quotidien d'un agent sous couverture, à ses supérieurs hiérarchiques.


Passage à l’ennemie
Lydie Salvayre

Seuil
6€/208 pages


Le pitch: L'inspecteur Arjona, chargé par les Renseignements généraux d'infiltrer un groupe de délinquants, s'oblige à rédiger des rapports secrets à l'adresse de son ministre de tutelle. Mais deux éléments inopportuns perturbent la rédaction de ses écrits : l'abus de haschich auquel le contraignent ses mauvaises fréquentations, et la présence bouleversante, dans le groupe observé, d'une jeune personne prénommée Dulcinée. Et l'on va voir, insidieusement, le ton implacable et martial des premiers rapports s'adoucir, vaciller, s'amiévrir et se désordonner, jusqu'à complètement se retourner. Et notre inflexible agent des RG, être gagné, insidieusement, à la cause délinquante, et plus encore à la cause amoureuse.
Un roman qui repose sur le chemin que va faire Arjona, guidé par Dulcinée. Une Dulcinée d'ailleurs tout en silence et en blessure, ce qui oblige Arjona à faire l'effort du questionnement, lui si sûr de ses convictions et de son engagement. Le texte évolue, en même temps que le personnage. La forme brute du rapport explose au fur et à mesure... et Arjona accouche d'une reflexion intelligente centrée sur l'humain.
Voilà, une envie juste de vous coller ça, comme ça, parce que fatigué par Vigipirate et ses Famas de la Gare du Nord, plus nombreux que jamais, et qui s'emmerdent autant qu'ils alourdissent l'ambiance.
Allez, un petit poème marrant quand même pour finir...
Je te salue ma France.mp3

J'ai piqué ce texte chez Samuel, et l'en remercie
lien vers une bio de Lydie Salvayre => Wiki

23.1.07

Le surfer d'argent

Il est toujours aussi beau et drole, l'auteur de Blonde Abrasive...
et là, il nous propose le making of de son dernier roman, "Devenir Mort", chez Hachette:




Sa page Myspace
Moi je vais l'acheter, rien que pour ses yeux verts.

21.1.07

Ta gueule et marche!

Vous aimez ça, la transpiration, la chaleur de l'animal, les veines gonflées et la perle salée de sueur qui picotte lorsqu'elle se mêle au gout métallique du sang... hein? Vous aimez? Non? Vous avez raison, la violence c'est moche.
Mais que faire, lorsqu'on se fait emmerder, qu'on veut nous dicter le chemin à suivre et que, qui plus est, ce chemin est pavé de gnons et d'idiotie crasse? On se rebelle, on crie, puis on se calme et on oublie. On baisse la tête et les épaules en dedans, on se dit que ce n'était pas si important, finalement.

Fais pas çi, fais pas ça. Et nous on moufte pas...

Le déserteur
Maurienne
Editions L'Epopée.

Maurienne est le pseudonyme de Jean-Louis Hurst, instituteur alsacien, officier pendant la Guerre d'Algérie avant de déserter, membre du réseau Jeanson et de Jeune résistance, animateur de chantiers de jeunes puis professeur en Algérie indépendante. Le Déserteur relate l'itinéraire intellectuel et affectif d'un « refus » pendant la guerre d'Algérie. Fils de résistant, l'auteur n'accepte pas d'être partie prenante dans l'oppression d'un autre peuple. Ce livre est emblématique parce qu'il fut le premier à expliquer et à justifier la désertion pendant la guerre d'Algérie. Publié aux Éditions de Minuit en 1960, il fut aussitôt interdit et saisi, avant d'écoper d'un procès. Mais le milieu étudiant le diffusa largement sous le manteau. Cet ouvrage participa au développement du mouvement Jeune Résistance qui engendra par la suite ce qu'on appellera « le gauchisme ». Il est à la charnière du « trahir les traîtres » (thème de Nizan très brûlant à l'époque) et de l'espoir tiers-mondiste (reconverti aujourd'hui en « altermondialisme »).
L'histoire est celle de 3 amis ballottés dans une Algérie sanglante, sur le chemin du questionnement, de la conscience, face à ce qui ne sera jamais reconnu comme une guerre, si ce n'est contre nous mêmes. Monsieur le Président, Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre, Pour tuer des pauvres gens...


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un article de l'Huma


Les Brutes
Dupuy, Berberian et Jaenada
Éditions Scali, 2006.

Le service militaire, c'est une chose que nous ne connaitrons plus - encore que Sargolène et Sékosy, les potentiels sur sièges electables soient visiblement friands d'un retour à l'ordre et au pli sur le pantalon-. Toutefois, cette période de corvée de chiottes et bites au cirage a marqué des générations, plus comme première confrontation avec les hommes à front bas, large voix et muscles secs que comme véritable baptème du feu patriotique. Et c'est en ce sens justement, que l'exercice de Jaenada est aussi joussif qu'utile: nous rappeler que dire non aux cons, ça reste quelque chose d'assez important.
Le texte, comme toujours, est fin et fluide, les images vraies et la langue facile. On retrouve notre Mr Sanz timide, maladroit mais jamais lache, devant un des premiers dilemnes de son existence. Courber l'échine ou montrer les dents? Question peu évidente, qu'on pense presque idiote lorsqu'on a 20 ans, mais qui prend bien du volume lorsqu'on réalise plus tard que le pli est si vite pris, et cela dès le premier shoot. Le livre est réhaussé de dessins sympathiques, où on reconnait le turfiste qu'on aime. Un homme qui aime les chevaux, les filles, l'alcool et les super 5 ne peut pas être mauvais. c'est encore une fois vérifié. Une belle idée qu'a eu le Patrick de mettre ces gens là tous ensemble. Un extrait et je vous laisse l'acheter:

"Je suis entouré de plusieurs types au regard dur, grands ou trapus, des brutes épaisses tout en muscles qui n’ont qu’un but en tête : m’écraser. Ils ne s’en cachent pas, ils veulent me coincer, m’empêcher de vivre normalement, me soumettre à leur volonté par la force, m’humilier puis m’aplatir, m’étouffer, me broyer, me détruire (les brutes). Je ne suis pas la seule proie de ces monstres froids et déterminés. Heureusement, nous sommes nombreux, même, encerclés et serrés les uns contre les autres – plus nombreux qu’eux, nous sommes jeunes, souples et débordants d’avenir. C’est bon, on va pouvoir se défendre.
Mais en regardant plus attentivement autour de moi, je m’aperçois consterné que tous mes compagnons sont des moutons effarés, qui ont compris que l’heure du massacre avait sonné. A droite, à gauche : je suis au milieu de moutons, de cochons effarés. Les moins émotifs sont simplement résignés, tristes, veaux, prêts à se laisser enchaîner. Qu’est-ce que c’est que ces compagnons ? "

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le site de Phillippe Jaenada
l'émission d'Inter, Noctiluque, avec Jaenada en invité.
Le toujours formidable blog du Buzz Littéraire, qui fait une très belle note sur l'ouvrage.


Parce qu'on se la raconte rebelle, on cherchera toute cette semaine à dire non, à ne pas se faire marcher dessus, limite on filera un ou deux bourre pifs, un peu comme Mohamed Ali lorsqu'il refusa de partir pour le Vietnam, toute brute qu'il était, n'ayant rien contre les Vietcongs... Il perdit ainsi son titre et dû cravacher pour le reprendre... Entre ça et le nouveau Rocky, une thématique castagne cette semaine les gens! Banzaï !!!

13.12.06

J'y peux rien, c'est mon coté punk



La littérature de genre a les avantages de ses inconvénients. Précise et pointue, elle sait être réservée à une poignée de spécialistes et de passionnés. Du même coup, elle paraît vite limitée, confuse ou difficile d'accès au lecteur lambda. Genre ma gueule. Et c'est ainsi le cas pour la littérature dédiée au rock (et même à la musique en général) connue sous le nom de « rock critique ». Comme beaucoup y a encore quelques jours, j'appréciais la valeur d'un ouvrage du genre en la quantité de détails caustiques et autres croustillades alentours, en me lassant assez vite des tonnes de références pour fans absolus et midinette en transe.

Et puis j'ai lu Dark Stuff, de Nick Kent, et j'ai compris bien des choses. J'ai déjà réalisé que je tenais dans les doigts un modèle, une référence littéraire dans le petit monde du rock. Ecrit originellement en 74, puis ressorti en 95, Dark Stuff est aujourd'hui réédité et traduit après lifting, chez Naïve. Ce monument retrace par flashs, des épisodes forts d'une petite dizaine de stars du rocks triée sur le volet, depuis les débuts avec Brian Wilson ou Jerry Lee Lewis, en passant par les bouseux Neil Young ou Johnny Cash, jusqu'aux rebelles d'aujourd'hui comme Cobain ou Eminem. Bref, tout ce que l'histoire a compté de mecs pas d'accord l'ayant dit à grands coups de guitare et rage mystique.

Alors, il est certain que comme tous les Meltzer-Tosches-et autres Bangseries du genre, ça fourmille d'anecdotes et de trucs pas véritablement avouables de ces papys du rock'n roll. Que Brian Wilson, âme tourmentée et néanmoins leader des Beach Boys ait voulu faire suivre Phil Spector lors de séances d'enregistrement pour ne pas se faire voler son « son » de manière satanique, c'est étonnant. Prince qui parle de Larry Graham avec des yeux mouillés puis qui crache sur Puff Daddy, c'est émouvant. Je vous passe sous silence la tirade magique d'Iggy Pop lorsqu'il explique qu'il est la Catherine Deneuve du rock… Des détails drôles et croustillants à souhait, effectivement, vous en aurez pour votre argent. Mais Kent donne beaucoup plus que cela. En fidèle témoin de ces scènes incroyables, il cesse le jeu des questions réponses où pourtant il excelle, faisant s'ouvrir son interlocuteur plus facilement qu'un fruit mûr. Il s'en va, s'efface tranquillement et vous laisse là, tout à coté de lui en vous faisant signe de vous taire, et vous, gamin mi-amusé mi-effrayé, vous ouvrez grand les yeux et les oreilles en priant que la magie ne se dissipe jamais. Vous réalisez soudain que vous êtes tout seul, assis dans le noir d'un studio sur un ampli avec le Floyd, plus sérieux que jamais, ou encore à 3 tabourets d'un Lou Reed défoncé dans un bar louche d'une banlieue sans nom d'Angleterre. Vous êtes là, vous ressentez tout ce qu'a pu éprouver Nick Kent, en privilégié qu'il était.

Et c'est alors que le changement c'est doucement opéré chez moi. Ces stars abîmées, ces rebelles accidentés, sont des personnages que la musique transcende. Ok. Mais sans musique, ils sont encore plus intéressants. Entre l'extrême, l'ego, le mal être, le courage, la passion et la désintégration, ce sont justement ces faces cachées qui valent le coup. Parce que transposées ailleurs en d'autres temps avec d'autres codes et d'autres tabous ou interdits, il en aurait été de même : le rock, comme moteur, pour se chercher jusqu'au plus profond. Et cette découverte de l'intime, du cœur vrai, Kent l'a sentie et a essayé de la retranscrire au plus juste depuis le début. Il a participé à tout (même s'il est trop modeste pour le reconnaître), de Londres à NY en passant par Detroit ou LA. Un livre unique, parce qu'avec un vrai talent d'écriture, une plume là ou d'autres avaient la guitare. Ils sont bien peu à pouvoir évoquer autant de moments forts en l'enrobant d'autant de talent brut. Relisez le passage sur la mort de Sid Vicious, comment la fin est dure et comment la hargne de l'auteur s'efface pour immortaliser le loser dans ce qu'il a de plus magnifique et de plus dégueulasse.

Un livre fort, complet, une référence, et un premier pas dans un monde à part, conduit par quelqu'un qui sait vous guider de l'intérieur pour mieux vous y laisser tout seul.

La claque quoi.

Dash est trop modeste pour l'avouer, mais il était là pour cette interview du grand Nick Kent :

interview téléchargeable de Nick Kent dans l'Opéra des Dieux